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SophinetteDe tout, de rien, de la vie ... et de la mort forcément!

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Pardonner

Par Sophinette :: 31/01/2008 à 1:38 :: Janvier2008

Pardonner ce n'est pas accorder une bénédiction angélique et naïve, ce n'est pas valider un comportement injustifiable, ce n'est certainement pas tendre la joue gauche.

Mais c'est ouvrir la porte vers la liberté.

Pardonner c'est s'ouvrir à l'avenir, tant que l'on ne l'a pas fait , une partie de soi est bloquée, comme empêchée d'aller plus loin.

Régler ses comptes, savoir à qui on en veut ou pas ou plus; cela vous apaise et vous rend incroyablement solide.

Pardonner ce n'est pas oublier mais vivre en paix avec sa blessure.

Se réconcilier avec soi.

Petite fille

Par Sophinette :: 25/01/2008 à 2:26 :: Janvier2008

Petite fille, je ne connais pas ton nom.

Peut-être Malika, Leïla ou Nassima. Ou peut-être Hind (« Inde » en arabe), celui qu’on donne aux plus belles. Aux belles d’entre les belles.

Je ne connais pas ton nom, mais tes yeux me parlent. J’aime leur couleur « moreno de verde luna », selon l’image du grand poète andalou Federico Garcia Lorca dans le « Romancero gitano ». Image que l’on pourrait traduire, maladroitement sans doute, par « brun-vert clairdeluné » ou « brun-vert olive ».

Oui, tes yeux me parlent et j’entends tes mots : incompréhension, douleur, peur, incrédulité.

Petite fille de Gaza, la rebelle, derrière les barreaux roses de ta maison, observant les funérailles de ton père ou de ton frère abattu par l’armée de Sion. Tu ignores peut-être que d’autres barreaux plus grands et plus terribles enserrent la langue de terre où ton peuple a été parqué depuis un demi-siècle.

Sans doute de la terrasse de chez toi, observes-tu à l’approche de la nuit de grands oiseaux de feu qui trouent le ciel et s’en vont. Ce ne sont, hélas, point des créatures d’Allah, mais des hélicoptères et les lueurs qui s’en échappent ne sont pas des rayons de lune mais le feu à jet continu des mitrailleuses.

Petite fille dont les lèvres s’ouvrent de stupeur et qui pourtant conservent l’innocence des pétales fraichement écloses des roses d’Ispahan, je sens ton cœur chamader contre le mur où tu tentes de trouver un peu de chaleur et d’affection.

En toi, soudain un grand vide, comme si toute ta petite personne se dérobait sous tes jambes, comme si ce que tu voyais par-delà les barreaux te projetait d’un seul élan dans l’innommable du monde. Petite fille de Palestine, je devine pourtant, à tes mèches rebelles, à cette larme au bord de tes yeux qui ne veut pas couler, que l’essentiel en toi, l’essentiel de toi, n’a pas été ébranlé.

Je devine que demain, tu grandiras avec une détermination sans faille, celle que les « moustafikin » (« hypocrites » en arabe) et les bavardeurs des droits de l’homme, qualifieront probablement de « féroce ». Ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n’ont jamais vu la mort de près. Ils sèment cette mort derrière le blindage d’acier de leurs chars ou depuis la carlingue de leurs chasseurs-bombardiers volant à 10.000 pieds.

Puis, ils rentrent tranquillement au bercail pour lire des contes de fée à leurs enfants afin de les aider à s’endormir, affectueux et humains en diable. Petite fille dont on a brisé l’enfance, sache que nous serons nombreux, de plus en plus nombreux, à ne pas te condamner le jour où, devenue femme, tu décideras de frapper l’ennemi. Car comme le dit le grand poète palestinien Mahmoud Darwich : « Mon pays commence depuis moi-même ».

Petite fille, tu es un pays à toi toute seule. Un pays à naître. Un pays qui vagit, qui tressaute, qui hurle dans l’indifférence des bienpensants de l’Occident judéo-chrétien. Un pays qui naîtra un jour. Forcément. Aux forceps…

Petite fille palestinienne, tu es ma fille. J’éprouve la tendreté de ta peau contre la mienne, je te serre entre mes bras, je t’étreins. Je ne cesse de t’étreindre malgré les barreaux qui emprisonnent la sourde énergie de tes six ans. Soleil, ô soleil, c’est ce que tu es, oui…

Texte de Raphaël Confiant

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